Travail et tourisme: pas facile

Le tourisme est un secteur important de l’économie suisse. En 2014, la part du tourisme à la valeur ajoutée brute s’élevait à 17,4 milliards de francs, selon le compte satellite du tourisme suisse (CST). En outre, le secteur est un employeur important qui affiche un taux d’emploi supérieur à la moyenne: en 2014, environ 4,5% de toutes les personnes actives dans les secteurs secondaire et tertiaire travaillaient dans le tourisme, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). Ce qui correspond à 170 000 équivalents plein-temps. Le domaine est-il pour autant aussi attractif que l’on pourrait l’imaginer? Pas vraiment, conclut une étude très documentée sur le sujet. «Le marché du travail dans le tourisme: faits et chiffres», publié fin 2016 par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) dresse un tableau exhaustif de la situation. Il explique les raisons qui rendent le milieu moins séduisant que d’autres et donne des pistes pour contrecarrer cette tendance.

L’étude fait état de grandes différences entre les divers marchés du travail dans le tourisme (lire l’encadré). Le contraste le plus évident s’observe entre le domaine du transport de voyageurs et les secteurs de l’hébergement et de la restauration. En effet, ces deux marchés sont diamétralement opposés, et cela sur plusieurs points, notamment au niveau de la composition des entreprises et de leurs employés. Dans l’hébergement, près de la moitié des personnes actives travaillent dans des entreprises de taille moyenne qui emploient de 10 à 40 personnes. Les personnes actives dans l’hébergement (30%), la restauration (15%) et les agences de voyages (26%) ne travaillent que très rarement dans de grandes entreprises (à partir de 50 employés). Les personnes actives dans le domaine du transport de voyageurs se trouvent plutôt dans de grandes entreprises (65%). Ces dernières emploient en majorité des hommes d’âge moyen et au bénéfice d’une solide formation de base, alors que les marchés du travail de l’hébergement et de la restauration sont caractérisés par de nombreuses petites entreprises ou par des indépendants. Les employés y sont pour la plupart jeunes et de sexe féminin. A cela s’ajoute le fait que la part des travailleurs étrangers ainsi que le pourcentage des employés qui ne peuvent se prévaloir que d’un faible niveau de formation sont nettement supérieurs à la moyenne.

our qu’un emploi soit attractif, certaines qualités sont requises: un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la possibilité de développement personnel, un bon salaire et la sécurité de l’emploi. Non sans surprise, la branche touristique est loin de répondre à ces attentes. En effet, selon l’enquête, une comparaison entre les branches permet de constater que les salaires pratiqués dans le tourisme sont comparativement bas: en 2014, ils se situaient en dessous du salaire médian suisse, qui s’inscrivait à 6189 francs. Avec 4333 francs par mois, les branches de l’hébergement et de la restauration étaient particulièrement faibles. Le secteur des agences de voyages ne faisait pas exception, le salaire moyen médian qui y était pratiqué, à savoir 5237 francs, était également inférieur à la moyenne. En revanche, le salaire médian dans le secteur du transport de voyageurs, soit 6253 francs, correspondait, toujours en 2014, au salaire médian pratiqué dans l’économie générale. Outre l’aspect monétaire, les autres facteurs du marché du travail touristique se révèlent également moins attractifs. Selon les experts, «compte tenu du caractère saisonnier des activités touristiques, la sécurité de l’emploi est inférieure à la moyenne, en particulier dans l’hébergement et la restauration, ce qui se manifeste, notamment, dans la part élevée de contrats de travail à durée déterminée. Si l’on compare la branche avec d’autres secteurs, les personnes actives dans le domaine du tourisme travaillent relativement souvent le week-end, ou le soir et la nuit, ce qui ne facilite évidemment pas l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Finalement, la structure de petite taille des entreprises, en particulier dans le domaine de la restauration, a pour conséquence que les possibilités de faire carrière et de se développer y sont limitées.»

Ces aspects peu attractifs ont néanmoins des pendants positifs. L’étude inventorie certains atouts. Ainsi, la branche dispose d’un large éventail de formations de base et continues qui permettent aux personnes concernées d’acquérir des qualifications qui sont prisées bien au-delà de la branche. Celle de l’hébergement permet par ailleurs aux jeunes travailleurs d’assumer des responsabilités tôt dans leur carrière. Enfin, la branche offre des nombreux postes vacants, notamment des emplois pour des personnes ayant peu de qualifications. Le tourisme présente donc des possibilités intéressantes pour les nouveaux venus dans le monde du travail.

Néanmoins, il faut dire que pour rester compétitif et séduire des professionnels qualifiés, le secteur doit augmenter son capital séduction. Et les experts de citer quelques exemples d’améliorations possibles:

  • L’attractivité en tant qu’employeur peut être augmentée via une bonne culture de gestion et d’entreprise.
  • Des initiatives interentreprises peuvent représenter une approche intéressante pour augmenter l’attractivité de la profession d’employeur dans une économie touristique qui se caractérise globalement par de petites structures.

La 4e révolution industrielle et la numérisation offrent également de nouvelles perspectives. Il s’agit d’affronter les défis qui ont été identifiés et de discuter du potentiel d’optimisation du système.

Le marché du travail dans le tourisme

«Le marché du travail dans le tourisme: faits et chiffres» distingue trois groupes de biens et services liés à la branche:

  • L’hébergement et la restauration, soit l’hôtellerie, la parahôtellerie, l’utilisation et la location d’appartements de vacances ainsi que la restauration dans les hôtels et restaurants.
  • Le transport de voyageurs comme les chemins de fer, les remontées mécaniques, les transports terrestres ou par bateau et les transports aériens.
  • Les produits divers tels les agences de voyages et les voyagistes, les services culturels, les services de sport et de loisirs ainsi que divers autres services.

 

 

 

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