Un vent de solidarité a soufflé au Val-de-Ruz

Le 21 juin dernier, trois villages du Val-de-Ruz, dans le canton de Neuchâtel, ont été balayés par de violents orages: Villiers, Dombresson et Le Pâquier. Voitures emportées, arbres arrachés, maisons inondées, électricité coupée... A Dombresson, le chef de l’Hôtel de Commune, Michel Stangl, a été marqué par les scènes dont il a été témoin au matin du samedi 22 juin, alors que son établissement a échappé aux intempéries. «J’ai fait 20 mètres et je suis revenu. Je n’ai pas eu le courage d’aller plus loin. Quand j’ai vu ce qui s’était passé, je me suis dit que j’allais faire à manger pour les villageois, car je savais qu’avec tout ce qu’il y aurait à nettoyer, ils en auraient bien besoin.» Sans se poser de questions, Michel Stangl s’est de suite affairé pour offrir le gîte et le couvert à tous ceux dont le quotidien a été chamboulé par les intempéries. «On ne peut tout simplement pas nettoyer la boue pendant des heures et se faire à manger dans des conditions d’hygiène correctes», poursuit le chef dont la table affiche 15 points au Gault&Millau. «Certains habitants n’avaient plus d’eau courante, plus d’électricité. On doit éviter une épidémie, on doit permettre à tout le monde de manger décemment. Je suis là pour ça, c’est tout. J’estime que c’est juste une réponse normale à une situation anormale.»

«J'ai un staff admirable»

Il informe alors son réseau sur Facebook et demande à tous de partager l’information. Le bouche-à-oreille fonctionne, et, du 22 juin au 1er juillet, la démarche a soulagé parfois jusqu’à cent personnes pour le service de midi et soixante pour le repas du soir. Sans oublier le petit déjeuner, qui était lui aussi offert. «Un jour, on a fait une grande grillade dans un coin de verdure, poursuit Michel Stangl. Cela a permis à tout le monde de se détendre et de vider son sac. C’était sympa.» Durant cette période, il a stoppé l’activité habituelle de son restaurant. «J’étais trop touché par les événements et je ne pouvais pas préparer des mets gastronomiques. Je suis né à Dombresson et mon village est détruit.»

Mais le restaurateur membre de GastroNeuchâtel refuse de parler de générosité ou d’altruisme. «Il n’y a rien de grandiose dans cette histoire. Tout le monde l’aurait fait.» Pourtant, la décision de Michel Stangl d’aider ses compatriotes n’a pas été sans conséquences. «On est une petite équipe, donc ça a été assez intense. Mon bras droit en cuisine a été d’une grandeur admirable. La cheffe de service s’est donné corps et âme. Elles ont bossé jour et nuit, sans jour de congé, sans timbrer. J’ai un staff admirable. Ma compagne, elle, a dû assurer le service hôtelier. Nous avons logé trois familles et donné des lits.» Les réserves de marchandises ont été vidées et le bénéfice réduit à néant. «Je ne sais pas si je retomberai sur mes pattes, mais ce n’est pas ça qui est important. J’ai pu compter sur la générosité des commerçants du coin, dont le boucher de Courtelary et les maraîchers, qui ont nous offert des produits. Sans oublier les Petz, qui ont versé les recettes des promotions du Locle… Il y a même des bénévoles qui sont venus aider, pour la cuisine et le service. Tant de généreuses personnes! C’était beau.»

Parmi les donateurs, GastroNeuchâtel

L’élan initié par le restaurateur a provoqué d’autres gestes charitables: les dons se sont succédé, de la part de privés et d’associations, comme Pro Vélo. GastroNeuchâtel a donné 1000 francs pour soutenir la démarche. «C’est important, dans des situations aussi dramatiques, d’avoir un lieu ouvert où les gens peuvent se retrouver et bénéficier d’un peu de chaleur et de réconfort», souligne Karen Allemann, directrice de GastroNeuchâtel. «On voit bien que le bistrot est un lieu qui rassemble les gens et que son rôle social prend tout son sens.» Grâce au don de l’association cantonale, une partie des salaires de l’équipe de l’Hôtel de Commune qui a travaillé d’arrache-pied durant plusieurs jours a pu être versée. La section neuchâteloise de GastroSuisse a également remercié Michel Stangl sur Facebook, invitant les utilisateurs du réseau à verser quelques francs pour offrir un repas. Résultat: quelque 230 personnes ont partagé le post à ce jour et 2170 francs ont pu être récoltés pour aider les sinistrés.

La semaine passée, le restaurant de l’Hôtel de Commune a repris son activité habituelle. Ou presque. «J’ai ramassé un coup sur la tête, quand même, confie Michel Stangl. Pendant dix jours on était dans un rythme totalement différent et reprendre la vie normale n’est pas si évident. Cela relativise ce que je fais d’habitude. Et puis, voir son village totalement détruit, ça retourne les tripes… »

A Villiers et à Dombresson, plusieurs maisons sont toujours inhabitables et pas moins de 300 sinistres sont ouverts. Les habitants se sont réunis ce mardi 9 juillet au collège de Dombresson à l’occasion d’une séance d’information organisée par le Conseil communal, notamment pour faire le point sur la situation actuelle, les travaux à venir et pour guider les sinistrés dans les démarches auprès des différents organismes. Parmi eux la Chaîne du bonheur pourra venir en aide aux personnes affectées par les intempéries.

https://www.bonheur.ch/la-chaine-du-bonheur-aide-dombresson-et-villiers/

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